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Destins brisés (4/10) : Andrés Escobar, le c.s.c qui tue

à gauche : Eduard Streltsov / à droite : Jean-Jacques Marcel /  France - URSS le 21/10/1956 à Colombes (L'Equipe/L'Equipe)

Buteur malheureux contre son camp lors du Mondial 1994, le stoppeur de la Colombie est assassiné à son retour au pays. Règlement de comptes ou violence gratuite ?

En ce matin du 22 juin 1994, quelque part à Los Angeles, l’ambiance est, officiellement, «au beau fixe» dans le camp des Cafeteros. Battue (3-1) quatre jours plus tôt par la Roumanie, l’équipe de Colombie rumine pourtant ce premier match de Coupe du monde raté. Francisco «Pacho» Maturana, son sélectionneur, a beau clamer que tout va bien, il n’en est rien. Tout à l’heure, il va écarter de son onze de départ le milieu de terrain du Nacional Medellin Gabriel Gomez, qui a reçu des menaces de mort le matin même. Comme d’autres d’ailleurs, la star Faustino Asprilla en particulier. La Colombie, qui figure parmi les candidats au sacre final avant le début du tournoi, n’a plus le choix : elle joue sa survie contre les États-Unis, le pays hôte de cette Coupe du monde, devant plus de 93000 spectateurs présents au Rose Bowl de Pasadena.
Bien en place, les Américains dominent leur sujet tactiquement. À la 34 e minute,un centre de John Harkes venu de la gauche est dévié bien malgré lui par Andrés Escobar, le stoppeur colombien, qui tacle le ballon et prend son gardien Oscar Cordoba à contre-pied. Le premier but contre son camp de sa carrière. Un geste, il ne le sait pas encore, qui va lui coûter cher. Les Américains se mettent à l’abri quelques minutes plus tard. Valencia sauvera l’honneur dans les dernières secondes d’un match totalement raté par la Colombie. Maturana a présenté sa démission, il file à l’Atletico Madrid… La Colombie battra la Suisse pour du beurre (2-0) quatre jours plus tard. Exit les Valderrama, Rincon, Asprilla et Valencia. Escobar, héros malheureux, sera l’un des tout meilleurs ce jour-là.

Contrairement à ses coéquipiers, il assume

Éliminés, les joueurs font leurs bagages et chacun regagne son port d’attache. Escobar, lui, a choisi Medellin, sa ville de naissance, où il porte les couleurs de l’Atletico Nacional depuis 1985. Âgé de vingt-sept ans, «el Caballero de la cancha» (le gentleman du terrain), que convoite le Milan AC, a courageusement décidé de passer ses congés auprès des siens. Contrairement à certains de ses coéquipiers qui ont préféré éviter le retour au pays, gentleman Escobar assume pleinement la campagne ratée et s’en explique auprès des médias. «Nous avons été éliminés mais ce fut une opportunité et une expérience uniques. Il y en aura d’autres, car la vie ne s’arrête pas là», écrit-il d’ailleurs dans une colonne publiée quotidiennement par El Tiempo. Ce 2 juillet, la nuit est douce. Andrés Escobar a passé la soirée avec des amis et sa fiancée, le docteur Pamela Cascardo, avec laquelle il doit convoler en justes noces cinq mois plus tard.Il est environ 3 heures du matin lorsque le joueur est abordé sur le parking d’une discothèque par quatre personnes, qui coincent sa voiture. La discussion, où il est question de la Coupe du monde et de sa performance, s’envenime. Deux hommes sortent leurs armes. L’un d’entre eux vide son chargeur sur Escobar. À chacune des balles tirées, Humberto Castro Munoz, le bodyguard de deux narcotrafiquants locaux bien connus, crie «gol». Le stoppeur des Cafeteros décédera quarante-cinq minutes plus tard à l’hôpital, où sont venus l’identifier ses amis de l’équipe nationale, le gardien René Higuita en tête, originaire lui aussi de Medellin, et son coéquipier à l’Atletico Nacional.
Bien en place, les Américains dominent leur sujet tactiquement. À la 34 e minute,un centre de John Harkes venu de la gauche est dévié bien malgré lui par Andrés Escobar, le stoppeur colombien, qui tacle le ballon et prend son gardien Oscar Cordoba à contre-pied. Le premier but contre son camp de sa carrière. Un geste, il ne le sait pas encore, qui va lui coûter cher. Les Américains se mettent à l’abri quelques minutes plus tard. Valencia sauvera l’honneur dans les dernières secondes d’un match totalement raté par la Colombie. Maturana a présenté sa démission, il file à l’Atletico Madrid… La Colombie battra la Suisse pour du beurre (2-0) quatre jours plus tard. Exit les Valderrama, Rincon, Asprilla et Valencia. Escobar, héros malheureux, sera l’un des tout meilleurs ce jour-là.

Contrairement à ses coéquipiers, il assume

Éliminés, les joueurs font leurs bagages et chacun regagne son port d’attache. Escobar, lui, a choisi Medellin, sa ville de naissance, où il porte les couleurs de l’Atletico Nacional depuis 1985. Âgé de vingt-sept ans, «el Caballero de la cancha» (le gentleman du terrain), que convoite le Milan AC, a courageusement décidé de passer ses congés auprès des siens. Contrairement à certains de ses coéquipiers qui ont préféré éviter le retour au pays, gentleman Escobar assume pleinement la campagne ratée et s’en explique auprès des médias. «Nous avons été éliminés mais ce fut une opportunité et une expérience uniques. Il y en aura d’autres, car la vie ne s’arrête pas là», écrit-il d’ailleurs dans une colonne publiée quotidiennement par El Tiempo. Ce 2 juillet, la nuit est douce. Andrés Escobar a passé la soirée avec des amis et sa fiancée, le docteur Pamela Cascardo, avec laquelle il doit convoler en justes noces cinq mois plus tard.Il est environ 3 heures du matin lorsque le joueur est abordé sur le parking d’une discothèque par quatre personnes, qui coincent sa voiture. La discussion, où il est question de la Coupe du monde et de sa performance, s’envenime. Deux hommes sortent leurs armes. L’un d’entre eux vide son chargeur sur Escobar. À chacune des balles tirées, Humberto Castro Munoz, le bodyguard de deux narcotrafiquants locaux bien connus, crie «gol». Le stoppeur des Cafeteros décédera quarante-cinq minutes plus tard à l’hôpital, où sont venus l’identifier ses amis de l’équipe nationale, le gardien René Higuita en tête, originaire lui aussi de Medellin, et son coéquipier à l’Atletico Nacional.
Alors, s’agit-il d’une scène de la violence ordinaire dans un pays qui, à l’époque, voit quotidiennement soixante-neuf personnes se faire assassiner ? Ou bien un règlement de comptes orchestré par les narcos, voire les syndicats de jeux de hasard, qui avaient parié de grosses sommes sur la Colombie ? Certains miseront sur la thèse de la vengeance du cartel de Medellin, qui avait misé sur une victoire des Cafeteros, à l’inverse du cartel de Cali, qui avait de son côté menacé les joueurs de l’équipe nationale pour lesquels un succès aurait signifié une grosse perte d’argent.

L’enquête démontre qu’Escobar, ce soir-là, avait bel et bien croisé les deux narcos dans la discothèque et qu’il avait été provoqué («Tu es un traître», lui a dit l’un d’entre eux). Ce dernier leur aurait alors demandé de le respecter. On sait ce qu’il advint, quelques instants plus tard, sur le parking… Arrêté le jour même, Castro Munoz, l’assassin, sera condamné à quarante-trois, puis à vingt-six ans de prison.Il sera étonnamment libéré en 2005 pour bonne conduite après seulement onze ans derrière les barreaux. Une décision qui scandalisa la famille d’Escobar, évoquant «une honte pour la Colombie. C’est comme si on avait assassiné Andrés une deuxième fois». Cent vingt mille personnes assistent aux funérailles de l’enfant de la ville, le président de la République, César Gaviria, inclus. Medellin honorera encore sa mémoire en édifiant une statue à son effigie en juillet 2002. Issu de la classe moyenne colombienne et fils d’un banquier qui favorise le football chez les jeunes de Medellin afin de leur éviter d’errer dans la rue, Escobar n’aura eu de cesse de promouvoir son pays. Défenseur calme et « propre» sur le terrain, il n’hésitait pas à parcourir la ville, chaque Noël, pour distribuer des cadeaux aux enfants démunis. En 2014, le défenseur Jorge Bermudez, l’un de ses successeurs en sélection, résumait ainsi la pensée de millions de Colombiens: «Nous ne cesserons jamais de penser à lui. Et chaque succès des Cafeteros sera d’une certaine façon le sien.»

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