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Hausse des salaires : l’exception française et britannique

Alors que les « gilets jaunes » dénoncent une réduction insupportable de leur pouvoir d’achat, voilà une étude qui vient contredire le discours très répandu selon lequel ce ressentiment serait lié à la baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée. La conclusion de l’ étude de la direction du Trésor , publiée jeudi, est en effet sans appel.

En analysant la part du gâteau des richesses distribuées entre les salariés et les actionnaires, entre 1994 et 2015, les auteurs font bien le constat que les premiers ont été plutôt lésés. Dans la plupart des grands pays industrialisés de l’OCDE, « la part du travail dans la valeur ajoutée a reculé depuis les années 1990 ». Sauf en France où elle est quasi stable (+0,6 %) et au Royaume-Uni (+4,6 %) où elle progresse. Ailleurs, aux Etats-Unis (-2,7 %), au Japon (-8,6 %), en Allemagne (-2,9 %), la part des salaires réels est en recul. L’Italie et l’Espagne se rangent aussi parmi ce dernier groupe de pays.

Hausse des salaires : l'exception française et britannique

Une question de compétitivité

Le recul de la part des salaires peut s’expliquer de deux manières. Soit par les effets d’une robotisation des tâches auparavant effectuées par un salarié, soit par une hausse des salaires inférieure à la progression de la valeur ajoutée des entreprises elles-mêmes.

En Italie et en Espagne, depuis la crise de 2008, c’est le premier facteur qui a joué. En revanche, en Allemagne, aux Etats-Unis et au Japon, c’est le second. « En Allemagne, dans les années 2000, la rémunération du capital a capté la majeure partie du surplus », relève l’étude. Un constat sans surprise puisqu’à l’époque, l’Allemagne a réformé son marché de l’emploi et s’est engagée dans une politique de redressement de sa compétitivité grâce à  la loi Hartz IV .

Au Japon, la stratégie de désendettement des entreprises après les crises des années 1990 a eu pour effet de comprimer les salaires . A ces évolutions nationales s’ajoutent des facteurs internationaux. L’ouverture au commerce mondial peut obliger les entreprises à délocaliser une partie de leur chaîne de production à l’étranger. La concurrence internationale peut aussi les contraindre à comprimer la revalorisation des salaires.

Des salariés choyés

Rien de tel en France ni au Royaume-Uni. Dans l’Hexagone, entre 1995 et 2015, la progression des salaires réels (+0,7 point de PIB) a dépassé celle de la valeur ajoutée (+0,6 point). Sur la même période, la part allouée aux actionnaires a reculé d’un dixième de point de PIB. En France, « le surplus a été entièrement consacré à la rémunération unitaire des travailleurs », indique l’étude. Le cas britannique fait encore plus figure d’exception. Le dynamisme des salaires, en particulier entre 1995 et 2001, s’explique par les tensions nées d’une économie de quasi plein emploi.

Reste une constante qui vaut pour l’ensemble des pays : depuis le milieu des années 1990, la part du gâteau à distribuer s’est étiolée en raison de l’affaiblissement de la productivité. La progression est passée en moyenne d’un point de PIB entre 1995 et 2001 à 0,3 point entre 2009 et 2015. Une tendance qui ne peut que ralentir la rémunération horaire réelle des salariés.  Un constat que partage l’OCDE .

Richard Hiault

Source : https://syndication.lesechos.fr

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