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Le général Pierre de Villiers et les particuliers

Philippe de Villiers dédicaçant son dernier livre « Qu’est-ce qu’un chef ? », à Pau.
Philippe de Villiers dédicaçant son dernier livre « Qu’est-ce qu’un chef ? », à Pau. Guillemette Faure

S’il passe une minute par signature et veut prendre son avion à 20 h 45, Pierre de Villiers ne pourra plus dédicacer que 80 livres. L’attaché de presse de sa maison d’édition parcourt des yeux la file de plusieurs centaines de personnes qui traverse la librairie du Centre Leclerc. Il va falloir aller les prévenir qu’ils piétinent pour rien.

Macron est devenu impopulaire à cause de Villiers, à moins que Villiers ne soit devenu populaire grâce à Macron.

Le général, lui, assis derrière sa table, écoute un ancien para les yeux dans les yeux. Et « vous êtes où maintenant ? ». Et « vous continuez à sauter ? ». Et « c’est bien, ça… ». Une solution consisterait à lui glisser d’aller plus vite, à lui apporter les livres prêts à recevoir les « toute autorité est un service » ou autre formule énigmatique de dédicace. Il refuserait probablement. Le premier chapitre de Qu’est-ce qu’un chef ? (Fayard) est titré « Vous avez la montre, nous avons le temps ». « Consacrer moins de trente minutes à une rencontre me semble ridicule », écrit celui qui note encore qu’il vaut mieux annuler un rendez-vous que recevoir quelqu’un entre deux portes.

Les piles de Qu’est-ce qu’un chef ? (105 000 exemplaires vendus) voisinent avec celles de Servir (130 000 exemplaires vendus en poche, 30 000 en grand format). Les premières pages de l’ouvrage racontent les séances de signatures de Servir et Villiers explique que ces rencontres lui ont donné envie d’écrire son nouveau livre. Peut-être que les conversations d’aujourd’hui lui permettront d’écrire le suivant.

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Dans la file, un fan partage certaines phrases à voix haute. « La vraie grandeur est dans la modestie et dans la simplicité », page 83. « Ça, c’est fort… » Des propos inspirants, il en trouve plein. Le livre compte près de quatre-vingts citations : Sylvain Tesson y est presque aussi souvent cité que le maréchal Foch, au milieu de Sénèque, Jacques Attali, Napoléon, Laurent Alexandre, Georges Clemenceau, Didier Deschamps et, surtout, Hubert Lyautey.

« Coup de pouce »

Un chef d’entreprise est déjà venu l’écouter au centre de congrès de Pau, six mois plus tôt, où le général intervenait dans le cadre de l’Atelier Crédit agricole Pyrénées Gascogne. L’après-midi, Pierre de Villiers donnait une « conférence privée ». Sa popularité l’a fait entrer dans le circuit des speakers convoités, représenté par l’agence de relations publiques Les Rois mages.

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Michel-Edouard Leclerc, qu’il connaît un peu, lui avait promis qu’il serait bien accueilli. A Pau, ville de garnison, c’est évidemment une star. « Beaucoup de cheveux courts », plaisante un homme. Mais pas seulement. La file d’attente mélange les différentes strates qui font sa popularité actuelle. Les militaires, fidèles de toujours, mais aussi de nombreuses personnes qui ne connaissaient pas le nom du CEMA (commandant d’état-major des armées) d’alors (ni celui d’aujourd’hui, d’ailleurs) et l’ont découvert lorsqu’il a démissionné, après la crise du 13 juillet 2017.

« Macron lui a donné un bon coup de pouce », dit un homme. Dans leur récit, Macron est devenu impopulaire à cause de Villiers, à moins que Villiers ne soit devenu populaire grâce à Macron. Ils disent « le général » mais jamais « le président », plutôt « Macron », voire « le banquier ».

« Il est grand temps de remettre la personne, l’homme et la femme, au centre de l’attention. » Philippe de Villiers

Autre relais de popularité, les groupes de « gilets jaunes » depuis que l’un d’eux avait lâché, sur Europe 1 début décembre, qu’il verrait « bien le général Villiers à la tête du gouvernement ». Mais, parmi ceux qui patientent pour un livre, on est trop respectueux des institutions pour rêver d’une reprise en main militaire. « L’armée, c’est pas fait pour ça… », vous disent-ils. « Déjà, l’opération “Sentinelle”, on ne devrait pas… » « Les gens avec des bérets rouges qui en appellent à leurs frères d’armes dans des vidéos sur YouTube alors qu’ils ne sont plus dans l’armée, ça me rend dingue », dit un retraité de l’armée. « De toute façon, Macron est élu pour cinq ans. »

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Dans la foule, on se demande aussi si Pierre ressemble à Philippe. « Le front peut-être ? » « Le nez ? » Pierre de Villiers parle peu de son frère aîné. « Il ne fait pas militaire, plutôt prof de fac… », dit un homme. « Et Macron, il fait président ? », demande quelqu’un. La dernière vague d’inconditionnels mélange ceux qui l’ont découvert en l’entendant parler leadership sur BFM Business ou à la télé chez Ruquier…

L’inverse des carrières actuelles

Parmi eux, un cadre, quatre livres dans les bras – un pour son chef, trois pour ses subordonnés. Que l’armée puisse être une référence en management étonnera dans les écoles de commerce. Mais, là encore, on vous explique que le général Villiers, c’est l’anti-Macron, l’anti-consultant cost killer, débarqué de nulle part, qui vient parler d’agilité et tout balayer dans l’entreprise.

Dans Qu’est-ce qu’un chef ?, Villiers dénonce « l’hyper-présence de la communication qui tient souvent lieu de management ». On projette sur lui des engagements dans la durée, un modèle égalitariste, collectif, loyal, ne boudant pas la province… L’inverse de ces carrières actuelles qui exigent de rester sur vos gardes. « Il n’attaque jamais personne », vous répète-t-on. On attend la suite : « Pas comme… »

A présent, le général doit partir. Il s’adresse à ceux qui l’attendent, leur explique qu’il ne veut pas faire de dédicaces à la chaîne. « Il est grand temps de remettre la personne, l’homme et la femme, au centre de l’attention », dit-il à ceux qui ont patienté deux heures pour rien et l’applaudissent à tout rompre. ll sera peut-être le 21 février à Toulouse, les console son attaché de presse. « Ce sera sur sa page Facebook. »

Guillemette Faure

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Source : https://www.lemonde.fr

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