Accueil » International » Louise Michel, Lou Andréas-Salomé, Emma Goldman… Les portraits engagés d’Ulla von Brandenburg

Louise Michel, Lou Andréas-Salomé, Emma Goldman… Les portraits engagés d’Ulla von Brandenburg

Avec ses portraits de féministes emblématiques, la plasticienne allemande poursuit un travail qui mélange les genres et les techniques. Le Musée régional d’art contemporain de Sérignan, dans l’Hérault, lui consacre une exposition.

Par Roxana Azimi Publié hier à 14h41

Temps de Lecture 5 min.

Article réservé aux abonnés

La palette d’Ulla Von Brandenburg dans son atelier, chez elle, à Nogent-l’Artaud.
La palette d’Ulla Von Brandenburg dans son atelier, chez elle, à Nogent-l’Artaud. ELLIOTT VERDIER POUR « M LE MAGAZINE DU MONDE »

L’écrivaine allemande Lou Andréas-Salomé, la pasionaria française Louise Michel, l’anarchiste russe Emma Goldman… Depuis quelque temps, Ulla von Brandenburg dessine inlassablement des portraits de femmes. Et pas n’importe lesquelles. Celles qu’elle expose à partir du 17 février au Musée régional d’art contemporain Occitanie/Pyrénées-Méditerrannée, à Sérignan (Hérault), sont savantes et militantes. Un sursaut féministe chez l’Allemande de 45 ans qui avait habitué le monde de l’art à une exploration différente, celle du théâtre, de l’artifice et des faux-semblants à travers des films et des installations.

« Quand on monte des expositions qu’avec des hommes, personne ne le relève. Quand il n’y a que des femmes, on le met en avant. »

Quelques indices auraient dû, bien sûr, nous alerter : les courtepointes qu’elle coud depuis dix ans à partir de cravates et de chemises d’homme. Ou ces vestons associés les uns aux autres formant une rosace, tel l’emblème d’une confrérie secrète. Rose aux lèvres et carré Hermès aux couleurs tendres autour du cou, Ulla von Brandenburg ne répugne certes pas à la féminité. Mais le mot l’indispose dès qu’il est plaqué sur son travail. « Le tissu, la couture, le patchwork, ce n’est pas particulièrement féminin. Tailleur, c’est un métier d’homme, rappelle-
t-elle. Quand l’artiste Franz Erhard Walther utilise des tissus, personne ne dit que c’est féminin, alors pourquoi le dire dans mon cas ? »

Article réservé à nos abonnés Lire aussi France terre d’artistes

Son œuvre pose d’ailleurs la question du rôle, celui qu’on vous assigne et celui qu’on se construit, parfois dans la lutte. « Il faut toujours se battre, dit-elle calmement. La situation n’est pas la même pour les femmes et les hommes. » Bien sûr, Ulla von Brandenburg fait partie des chanceuses (en 2018, elle a bénéficié de cinq expositions personnelles, et en 2020 elle investira le Palais de Tokyo, à Paris), Mais, précise-t-elle, « quand on monte des expositions qu’avec des hommes, personne ne le relève. Quand il n’y a que des femmes, on le met en avant. Les gens aiment les cases. C’est plus facile de lire le monde… ».

La plasticienne allemande Ulla von Brandenburg, dans son atelier, à Nogent-l’Artaud, dans les Hauts-de-France, le 25 janvier.
La plasticienne allemande Ulla von Brandenburg, dans son atelier, à Nogent-l’Artaud, dans les Hauts-de-France, le 25 janvier. ELLIOTT VERDIER POUR « M LE MAGAZINE DU MONDE »

Vivant depuis treize ans en France, Ulla von Brandenburg a tout fait pour échapper aux étiquettes, celles du genre, du médium comme de la nationalité. « Au début, je voulais absolument être intégrée, mais j’ai arrêté de souhaiter l’assimilation coûte que coûte, confie-t-elle. J’ai cultivé la distance avec les deux cultures. Je suis toujours dans l’entre-deux. » Entre le théâtre et l’art, la comédienne contrariée n’a su que choisir. A défaut d’être acceptée dans un conservatoire, cette native de Karlsruhe se lance dans des études de scénographie. Mais déchante très vite : le scénographe n’a jamais la main. « On doit suivre les directives du metteur en scène, or j’avais envie de décider », avoue-t-elle.

Source : https://www.lemonde.fr

À propos Directeur de Publication

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*