Accueil » Sport-culture » Quatre plateformes pour un SI

Quatre plateformes pour un SI

Quand on parle de plateforme, on entend souvent par-là les algorithmes qui réécrivent les règles du travail ou des marchés, à l’image d’Uber ou de Airbnb. Dans “Capitalisme de plateformesNick Srnicek qui enseigne au King’s College à Londres, montre comment Google, Facebook, Apple, Microsoft, et même Siemens et GE, sont des entreprises qui adoptent et perfectionnent un modèle
d’affaires débouchant sur un nouveau
capitalisme numérique, principalement par la collecte de
données et le statut d’intermédiaire.

Ces entreprises ont un potentiel monopolistique inusité
qui, bien qu’il s’inscrive dans la logique du capitalisme dit “classique”, présente pour l’auteur un réel danger d’évolution du capitalisme. Elles seront donc certainement régulées, d’une façon ou d’une autre, mais elles ont établi les nouveaux standards du numérique et de facto des systèmes d’information des entreprises qui s’y connectent.

Comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, toutes les entreprises ont déjà deux ou trois plateformes sans toujours les appeler comme cela. L’une transactionnelle autour de l’ERP, l’une décisionnelle autour de la “Business Intelligence” quand elle existe, et la dernière digitale autour de l’exposition de l’entreprise sur internet, que ce soit ses sites internet, extranet ou marketplaces. C’est sur cette dernière que se situe ces dernières années une partie des innovations de l’entreprise.

Dans “DSI : passer des applications aux plateformes” GreenSI montrait que le premier impact était organisationnel en pensant moins aux “Responsables d’Applications en silos” et plus à l’émergence de “Product owner transverses” centrés
sur ces plateformes et les bénéfices métiers et commerciaux qu’elles amènent.
Sans surprise, ces plateformes projettent la DSI dans ce nouveau capitalisme et lui demande de s’intéresser au business voir de devenir le socle du business (numérique) donc d’adapter ses compétences.

C’est donc un véritable changement de paradigme pour la DSI et une transformation majeure qui s’amorce sur plusieurs années. Encore faut-il aller dans la bonne direction !

En premier lieu il convient de rappeler que les applications d’entreprises sont le segment du marché IT qui a eu la plus forte croissance en 2018 (11%), donc où les entreprises ont le plus dépensé. Une croissance bien supérieure à celle des dépenses dans les datacenters et même les logiciels d’infrastructure. Le sujet est donc pour la DSI de maximiser cet investissement applicatif, et de ne pas se retrancher dans la, certes nécessaire, optimisation et sécurisation des infrastructures. Le logiciel est en train de dévorer le monde nous disait Marc Andreenssen en 2011 en parlant du rôle de l’internet, il n’y a pas de raison qu’il s’arrête à la porte du SI.

Le logiciel est un actif majeur de l’entreprise dont la valeur ne cesse d’augmenter.

Dans ce contexte de restructuration du patrimoine applicatif de l’entreprise, les plateformes sont un moyen de décloisonner, de transversaliser pour aller chercher les nouveaux services à coût marginal, de bénéficier d’effets d’échelle et de la « loi des réseaux » (Metcalfe) qui dit que la valeur d’un réseau est proportionnelle au carré du nombre de ses participants.

Donc plutôt que de gérer 4 applications qui ont chacune 100 utilisateurs, il y a plus de valeur dans le fait de gérer ces fonctions sur une même plateforme avec 400 utilisateurs. Même si aujourd’hui ces utilisateurs sont dans 4 services séparés qui ne se parlent pas, avec des maitrises d’ouvrages différentes, demain il en sera peut-être autrement et cette valeur pourra être libérée. Un moyen de maximiser le potentiel de ses investissements.

Les plateformes peuvent donc être un modèle d’urbanisation du SI plus facile à reconfigurer pour adopter de nouveaux modèles économiques. Elles ne sont pas organisées par rapport à leur construction (et donc l’organisation interne de la DSI et de ses fournisseurs ou des maitrises d’ouvrages) mais par rapport à leurs utilisateurs pour maximiser le potentiel de la loi des réseaux.

Elles peuvent également transgresser une règle de l’ancien monde qui sépare le B2C (clients consommateurs) et le B2B (entreprises clientes). C’est exactement ce que font Google et Facebook en offrant des services en B2C, certains payants d’autres gratuits, et en vendant en B2B des services de publicité payants qui exploitent cette connaissance des consommateurs. A eux deux ils représentent 58% du marché mondial de la publicité en ligne, et tirent ces revenus de leur activité B2B qui finance leur plateforme B2C.

Ainsi les plateformes permettent l’accumulation de données sur les utilisateurs, ce qui préfigure les services intelligents de demain qui, avec ces données, exploiteront les avancées des algorithmes en termes d’IA.

Bien sûr, les entreprises vont devoir se conduire de façon moins cavalière que les GAFAs à leurs débuts et il leur faudra anonymiser les données ou déclarer les traitements sur les données personnelles et obtenir les consentements de leurs propriétaires. Mais cela n’empêche pas de multiples opportunités de valorisation de données.

Dans deux mois on va fêter les un an du RGPD. GreenSI espère que cela permettra de quitter définitivement cette période de destruction massive de valeur (voir tout ça pour ça ?!) où, téléguidées par un règlement complexe, peu compris et dont les directions juridiques se sont emparées, les entreprises se sont infligées des peines qui n’ont d’égal que les doutes liées à leur non maîtrise de leurs données. L’économie qui est devant nous se construit sur la compréhension et la valorisation des données, et ceux qui ne le comprendront ne seront bientôt plus là pour nous expliquer leur erreur 😉

Pour les autres qui ont compris que la valorisation de la donnée est essentielle pour survivre, il y a quatre types de plateformes reconnus, quand on les classe par type de business d’affaires (business model) qu’elles délivrent.

 

La plateforme de collaboration est le modèle le moins disruptif. Elle consiste à rassembler sur une même plateforme de services tous les utilisateurs internes et externes. C’est la convergence des plateformes de collaboration interne qui se sont bien développées ces dix dernières années et des plateformes de services sur internet à destination des clients.

Toute application en interne peut potentiellement délivrer de la valeur et des revenus en externe.  Imaginez que vous n’êtes par les seuls à avoir le problème que vous avez résolu avec cette application. Si on pense à la librairie Amazon du début qui a ouvert sa plateforme Amazon.com à d’autres qui voulaient vendre en ligne des lignes, ce qui l’a amené à imaginer une infrastructure scalable (AWS) dont il tire une grande partie de ses marges aujourd’hui, on voit le potentiel de création de valeur qui peut se cacher derrière une telle plateforme.

A chaque entreprise maintenant d’imaginer ce qu’elle fait si bien qu’elle peut le proposer en externe.

La plateforme d’orchestration délivre de la valeur en permettant d’optimiser des interactions dans un système complexe. La plus simple c’est par exemple IFTT qui permet de connecter ses services en ligne et de définir des règles pour les orchestrer. On peut également citer Slack une plateforme de collaboration très en vogue qui a su s’imposer devant Microsoft et Google, et qui bascule vers l’orchestration avec des agents intelligents. En dehors du numérique, les smart grids ou producteurs et consommateurs d’électricité interagissent, voire les smart cities pour la gestion optimisée de l’espace public, sont aussi des cas d’usages des plateformes d’orchestration.

La plateforme de création permet la co-construction avec ses
clients. Publiez un kit de développement sur votre PaaS, et bénéficiez
de toute l’intelligence de vos clients pour imaginer des services
complémentaires de ceux que vous offrez. Cela fonctionne aussi avec des
produits physiques qui peuvent être modifiés par les clients quand ils
contiennent du logiciel embarqué.

L’inventeur de ce concept est peut-être Salesforce qui a inventé le magasin d’applications développées par ses clients (App Exchange), bien avant Apple avec l’App Store. Steve Jobs a d’ailleurs bénéficié de la marque AppStore et du nom de domaine cédé gratuitement par Marc Benioff !

On est ici dans un usage assez disruptif qui peut amener des revenus complémentaires comme avec Salesforce, jusqu’à devenir le modèle économique majeur de la plateforme avec Apple.

Enfin la plateforme de mise en relation est actuellement la plus disruptive. Au lieu de détenir des actifs dont on cherche à en revendre l’usage, on cherche à mettre en relation des acteurs qui possèdent des actifs avec ceux qui voudraient les utiliser. Cette mise en relation qui maîtrise tout le processus contractuel et facturation de ces services, permet un modèle sur la base d’une ou de deux commissions. Vous avez reconnu Uber et Airbnb, mais à moindre échelle de multiples plateformes existent dans ce que l’on appelle parfois de façon un peu étroite l’économie collaborative. Il n’y a pas de raison de limiter l’économie collaborative à ce modèle de mise en relation et de l’étendre à l’économie des plateformes.

La vision de GreenSI c’est donc que votre SI, mélangeant B2B et B2C, interne et externe, a une capacité à s’organiser en quatre plateformes qui peuvent supporter le développement de nouveaux modèles économiques. Ces plateformes peuvent partager, ou pas, les services support de la plateforme ERP qui délivrera de moins en moins de valeur comparée à ces nouvelles plateformes.

Vous avez remarqué que chaque plateforme ne porte pas de technologie mais un modèle économique qui peut s’appuyer sur toutes les technologies. C’est une rupture pour les DSI qui sous l’influence de leurs fournisseurs s’organisent par technologies (IoT, ERP, BI, …). Pour sa construction en 2017 GreenSI utilisait l’image de la station Alpha du film l’Empire des milles planètes, la station spatiale où se retrouvent toutes les espèces de l’Univers. L’idée c’est que cette construction sera plus “organique” et agile, qu’un grand projet d’infrastructure comme on en a déjà vu beaucoup… échouer !

La tâche est immense et va certainement être abordée dans plusieurs prochains schémas directeurs. On peut cependant démarrer simplement en se demandant pour chaque application actuelle de votre SI, sur quelle plateforme elle aura le plus de valeur. Vous allez être surpris.e par la vision plateforme sur votre SI et sur sa contribution potentielle à la valeur de l’entreprise. Ça en sera alors d’autant plus facile de réduire les investissements à faible valeur et de les réorienter vers les plateformes au potentiel le plus fort.

Finalement on aurait pu appeler ce billet quatre mariages et un enterrement 😉



Source : www.zdnet.fr

À propos Directeur de Publication

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*