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Marée humaine à Alger contre la candidature du président Bouteflika

Des centaines de milliers de manifestants sont une nouvelle fois descendus pacifiquement dans les rues d’Alger, d’Oran et Constantine ce vendredi pour protester contre la décision du président Abdelaziz Bouteflika de briguer un cinquième mandat. Très largement supérieure à celle des manifestations des deux derniers vendredis à Alger, la mobilisation est difficile à chiffrer, les autorités ne donnant aucune évaluation du nombre de protestataires.

Les places et principales rues du centre d’Alger étaient noires de monde et le cortège a peiné à avancer en raison de la foule. Les policiers ont fait usage de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes pour disperser des manifestants qui tentaient de forcer un cordon de police bloquant l’accès à une artère remontant vers la présidence de la République. La police a annoncé avoir arrêté 195 personnes après ces heurts qui ont également fait 112 blessés dans les rangs des forces de l’ordre. Aucun autre incident notable n’a toutefois été signalé et la manifestation s’est déroulée dans une ambiance festive.

A Oran et Constantine, respectivement deuxième et troisième villes du pays, la mobilisation a également été très supérieure à celle des deux vendredis précédents. Des manifestations de grande ampleur ont été également été signalées à Oued Souf, Tizi-Ouzou, Skikda et Béjaïa, des marches spontanées initiées par des citoyens anonymes sur les réseaux sociaux.

Les profils des manifestants sont d’ailleurs extrêmement variés. D’après les témoignages recueillis par RFI, beaucoup de jeunes étaient présents, également des moins jeunes, des hommes, des enfants et aussi de nombreuses femmes. Les rassemblements de ce vendredi coïncident avec la Journée internationale des droits des femmes. A Alger, les militantes féministes étaient elles aussi au rendez-vous, comme Thinehinane Makaci, porte-parole de l’association féministe Tharwa N’Fadhma N’Soumeur : « Bien sûr, les slogans anti-5e mandat et anti-système sont éminemment présents puisqu’il est question d’une cause nationale. Mais la revendication féministe est présente puisque les associations féministes sont là avec des slogans particulièrement contre le Code de la famille, qui condamne aujourd’hui les femmes algériennes à être des citoyennes sous réserve. Il y a aussi la revendication des femmes pour le travail, la revendication des femmes pour la reconnaissance en tant que citoyennes à part entière éminemment présente dans les rues d’Alger aujourd’hui. »

Abdelaziz Bouteflika de plus en plus isolé

Des députés du FLN, le parti présidentiel qui dirige l’Algérie depuis son indépendance en 1962, se sont eux aussi joints à la contestation. Sept députés ont annoncé leur démission du parti. L’information a été révélée par la chaîne de télévision privée Echorouk TV. Mercredi déjà, plusieurs responsables du parti s’étaient distingués en défilant aux côtés de manifestants. Le maire FLN de Constantine a lui aussi manifesté dans sa ville.

De plus en plus isolé, Abdelaziz Bouteflika a perdu plusieurs soutiens qui lui étaient traditionnellement acquis. Il y a d’abord eu une vague de démissions au sein du Forum des chefs d’entreprise, une organisation patronale dirigée par Ali Haddad, réputé proche du chef de l’Etat. Il y a ensuite eu ce message de la puissante Organisation nationale des moudjahidines, un regroupement d’anciens combattants de la guerre d’indépendance, qui estime que les institutions algériennes « ne sont pas à la hauteur des aspirations du peuple. »

Enfin, plusieurs branches de l’Union générale des travailleurs algériens, syndicat traditionnellement acquis au pouvoir, se sont démarqués du patron de la centrale en apportant eux aussi leur appui aux manifestants.

Du côté de l’opposition, plusieurs partis et personnalités se sont réunis jeudi à Alger au siège du parti d’Ali Benflis, l’ancien Premier ministre d’Abdelaziz Bouteflika devenu l’un de ses plus grands adversaires politiques. Les participants se sont mis d’accord sur un report de la présidentielle prévue le 18 avril. Une question subsiste : doivent-ils négocier ou non avec le pouvoir ? Sur ce point, l’opposition reste pour l’instant divisée.

Rfi

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