”Diego Maradona”, documentaire sur l’icône du football international : une tragédie grecque à Naples

Diego Maradona”, documentaire du réalisateur britannique Asif Kapadia, a fait l’événement lors du Festival de Cannes 2019.

Présenté hors compétition au dernier Festival de Cannes, Diego Maradona a notamment fait la une de la presse italienne. La présence massive des journaliste italiens à l’occasion de cette première mondiale est révélatrice de l’empreinte profonde que l’ex-footballeur a laissée dans ce pays. Magnifique et traumatisante. Le film sort en France mercredi 31 juillet

L’histoire vécue de l’intérieur

Image du \"Diago Maradona\" de Asif Kapadia.
Image du “Diago Maradona” de Asif Kapadia. (M2R Films)

Diego Maradona revient sur les années napolitaines de l’icône argentine, où entre 1984 et 1991 elle passera du statut de demi-Dieu à celui de pestiféré. Réalisé par le Britannique Asif Kapadia (auteur de Senna sur le coureur de F1 et Amy, Oscar du film documentaire 2016, sur Amy Winehouse), le film est le récit de cette tragédie grecque qui a pour cadre Naples.


L’un des atouts majeurs du documentaire est de nous faire vivre l’histoire de l’intérieur. Et à hauteur d’homme. Les premiers plans sont à ce titre exceptionnels, le spectateur est embarqué dans le convoi qui emmène Maradona, à la vitesse d’une voiture de police, au stade San Paolo en passant par le centre de Naples. On y respire l’atmosphère, et on mesure la tension de ces moments.

Revanche sportive, revanche sociale

Nous sommes en juillet 1984, la ville pauvre du Sud de l’Italie s’est lourdement endettée pour accueillir la star. Mais les deux sont face au même enjeu : Maradona sort de deux années catastrophiques à Barcelone, et attend sa revanche sportive, l’équipe de Naples est en péril de relégation et la ville veut sa revanche sociale. Les deux auront gain de cause, pensez que pendant cette période Naples gagne le très convoité “Scudetto” (le championnat d’Italie) à deux reprises. Presque miraculeux.

Mars Films

Les images d’archive (inédites, nous indique-t-on) sont commentées tour à tour par Diego Maradona lui-même, son ancien préparateur physique (figure des plus intéressantes pour comprendre le récit), sa compagne, et d’autres proches. Elles font vivre l’ascension et montrent admirablement comment Naples fait de son héros une figure quasi-christique, portraituré par exemple sur les murs aux côtés de la Madone. Maradona a, à son tour, saisi la particularité de cette ville et son besoin de retrouver sa fierté, elle si mal traitée par l’attitude hautaine et raciste des grandes équipes du Nord.

La Camorra, les filles et la drogue

Seulement, ce lien fort du joueur avec sa ville passe aussi par ses faces obscures, que le film met en lumière. A commencer par le rôle joué par la Camorra, la mafia napolitaine, en la personne de Carmine Giuliano et son clan. Certains témoignages du film sont glaçants. La mafia le protège et le fournit en prostituées et surtout en cocaïne, une addiction qui sera l’une des raisons de sa chute.

La statue Maradona s’effrite sur son propre socle : la ville de Naples le lâche, le club et ses tifosi le lâchent et même la mafia qui cesse de le couvrir parce qu’il finit par trop l’exposer. Mais il n’y a pas que cela : en 1990, Maradona gagne aux côtés de ses équipiers argentins contre l’Italie en semi-finale de la Coupe du monde. Et cela se passe… au stade San Paolo de Naples qui l’avait sacré six ans plus tôt. Un affront de trop. C’est le début de la fin.

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