Le Coronavirus s’invite dans l’équation de l’éducation des filles en Afrique

Présentation de notre série « Allez les filles ! ». La crise liée à la pandémie a eu des conséquences importantes sur la scolarisation. Il y a urgence à les remettre sur le chemin de l’école.

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Mais où sont passées les filles ? Où sont les 11 millions d’écolières qui manquent à l’appel depuis cette rentrée ? Particulièrement en Afrique subsaharienne, où elles sont les premières victimes collatérales du Covid-19, selon l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco).

Si la crise sanitaire a été moins violente dans la majeure partie des 54 pays d’Afrique que sur les autres continents, elle y a en revanche déclenché une crise économique sans précédent. Neuf mois après le début de ce bouleversement mondial qui, au printemps, a éloigné jusqu’à 1,5 milliard d’élèves de leur classe, il devient manifeste qu’une partie des jeunes Subsahariennes ne renoueront jamais avec leur vie d’avant.

La nécessité d’une main-d’œuvre d’appoint pour garnir la table familiale a transformé des millions d’entre elles en aides ménagères, en paysannes ou en petites vendeuses sur les marchés. Ce début d’un basculement ne semble pas une simple parenthèse. C’est un drame qui transforme le temporaire en définitif, l’Unesco constatant désormais que« les grossesses chez les adolescentes pourraient empêcher un million de filles de retourner à l’école en zone subsaharienne ». Responsable du plaidoyer pour l’Afrique de l’Ouest de l’ONG Equilibres et populations, Brigitte Syan pressentait cette conséquence, elle qui rappelait récemment au Monde que « dans les guerres comme pendant les épidémies, les femmes sont davantage exposées aux violences sexuelles ».L’épidémie due au coronavirus n’a donc pas dérogé à cette règle macabre, puisque le réseau qui œuvre pour les droits des femmes et l’accès à la planification familiale a fait remonter une augmentation de toutes les violences physiques et psychologiques durant le confinement.

Rétrécissement de leurs rêves

A ces ruptures définitives de scolarité s’ajoutent tous les autres renoncements. Des filles parties vers une formation d’excellence doivent ainsi rebrousser chemin et se replier sur des études courtes, rapidement monnayables. Ce rétrécissement de leurs rêves, elles le paieront toute leur vie, comme leur communauté, d’ailleurs. Preuve en a été faite dès la fin des années 1970 avec les travaux de l’économiste américain Théodore Schultz, Prix Nobel d’économie 1979, qui avait démontré que l’éducation est l’un des vecteurs les plus puissants de lutte contre la pauvreté. Ses conclusions, affinées depuis, permettent même de mesurer qu’une année d’étude en moins, c’est en général 20 % de revenus perdus sur une vie active.

Evidemment, le domaine des sciences, où s’invente l’Afrique du XXIIe siècle, court le plus grand risque de désertion parce qu’en pleine crise, les filles osent moins qu’en période faste bousculer les traditions et sortir du rôle qu’elles leur ont assigné. Pourtant l’urgence est là, à l’heure où il faudrait avancer vers la création des 450 millions d’emplois nécessaires en 2050 pour employer la main-d’œuvre qui sera disponible sur la zone, estime l’ex-patron de l’Association française de développement (AFD), Jean-Michel Severino. Or, en dépit d’un rôle minimisé sur la place publique, les femmes produisent 62 % des biens économiques du continent alors que seules 8,5 % sont officiellement salariées dans l’économie, mesurait l’analyste Anne Bioulac pour Women in Africa en 2019. Les autres restant cantonnées à l’informel.

Quel recul ! Alors que l’Institut des statistiques de l’Unesco (ISU) soulignait avant la pandémie que 9 millions de filles entre 6 et 11 ans n’étaient pas scolarisées en zone subsaharienne et pas destinées à l’être, il est temps de convoquer une fois encore ce proverbe angolais : « Eduquer une femme, c’est éduquer un village ». Et même la planète.

Le Monde

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